Le
Forum universitaire inaugure sa nouvelle saison sur
le thème « Economie, où va-t-on
? » avec Jean-Marc Daniel. Economiste, habitué
des médias, grand pourfendeur des idées
reçues, il fait entendre une voix différente
dans le concert catastrophiste en défendant
une vision réaliste et progressiste de la situation
économique.

©
Jérôme Arowas
«
Taxer la rente et favoriser les talents »
On
entend parler partout de crise la plus grave depuis
1929…
Au risque de choquer, je tiens à le préciser
d’emblée. Il n’y a pas de crise
! Ou plutôt, nous devons considérer la
croissance de l’économie sur le long
terme. Et ce que nous voyons, c’est que l’économie
se développe depuis des décennies, sous
forme de cycles.
Pour
faire simple, l’économie agricole avait
un cycle d’un an – le temps de la récolte-.
Désormais, notre économie est soumise
à un cycle industriel de 8/9 ans, et commence
à dépendre du cycle des nouvelles technologies
de l’immatériel qui pourrait se révéler
plus court. .
Il
est donc normal, dans ce cadre cyclique, que nous
ayons des ralentissements, voire des récessions.
Ce qui est inquiétant, c’est que le niveau
de croissance au moment de la reprise qui suit la
récession est de moins en moins élevé.
Un
des aspects également préoccupants de
la situation actuelle est que la fiscalité
des états n’est plus adaptée à
la nouvelle croissance, qui est davantage fondée
sur l’immatériel. Dans l’immédiat,
les gouvernements devraient adapter leur gestion à
la dimension cyclique de l’économie :
faire du déficit pendant les périodes
« basses » pour favoriser la croissance
et le combler pendant les périodes fastes.
Ce qui n’a pas été fait depuis
plusieurs années. C’est ainsi que la
dette publique s’est accumulée.
Dans
le contexte français actuel, quelle politique
permettrait la sortie du tunnel ?
Nous avons en France 90 milliards d’euros de
déficit à combler pour stabiliser la
situation de nos finances publiques sur le long terme
et ceci indépendamment de nos engagements européens.
Une fois les élections passées, il faudra
agir. Il n’est pas possible d’alourdir
la fiscalité des entreprises : ce sont elles
qui portent la croissance. Il faut donc mettre les
ménages à contribution. La meilleure
façon est d’augmenter la CSG. Il ne faut
pas se faire d’illusion : l’enjeu tourne
autour de 5 points de CSG. Nous avons également
un gisement possible dans des privatisations bien
menées comme celle d’EDF ou de la SNCF.
Et puis, bien entendu, des économies sont à
faire sur l’appareil de l’Etat. Le principe
à respecter est de taxer le revenu de la rente
et favoriser les talents.
Vous
battez en brèche certaines idées reçues
sur l’économie internationale ?
L’Allemagne est un colosse aux pieds d’argile
; il suffit de regarder les chiffres. Elle a une population
vieillissante, abandonne le secteur énergétique,
achète des usines à l’extérieur.
Ses dirigeants sont ambigus dans leur politique européenne.
La seule certitude est qu’ils ne veulent pas
porter le chapeau de la fin de l’euro.
Je crois aussi que la Chine et l’Inde ne vont
pas si bien que ça : elles sont gangrénés
par l’inflation.
Les Etats-Unis restent le pays dominant, et pour longtemps.
Ils le seront encore plus quand ils auront –c’est
en cours, via le gaz de schiste-, recouvré
leur indépendance énergétique.
Si elle adopte une politique économique en
phase avec les périodes de croissance, la France
a de sérieux atouts, sa démographie
entre autres.
Propos recueillis par Ch.D